Coup d'État? Non, coup d'éclat!

papineau oct. 10, 2019

«Au lieu de poser des bombes, on raconte des blagues». Telle est l’idée derrière le parti Rhinocéros, explique Jean-Philippe Berthiaume, candidat «rhino» dans la circonscription de Papineau, pour un parti qui n’a pas l’intention d’être élu. L’une de ses promesses est d’ailleurs de «démissionner dès son élection».

Le parti rhinocéros existe pour faire réaliser «le ridicule de la politique», explique Berthiaume. Faire des promesses aussi farfelues les unes que les autres pourraient faire réaliser que «les promesses sont juste ça, des promesses». Le parti affirme justement «faire cinq fois plus de promesses que les autres partis», mais promet également de «briser chaque promesse».

Par exemple, celui surnommé Cacereco explique son projet Une ville, un ile, un resort. Le projet consiste à prendre une des axes de l’autoroute métropolitaine et l’installer entre le sommet du mont Royal et le parc Jarry afin de créer la plus grosse glissade d’eau au monde.

«Ça parait ridicule tellement c’est gros et cher, mais il y a en ce moment un politicien qui compte construire un mur de plusieurs milliers de kilomètres entre les États-Unis et le Mexique», justifie-t-il. «De toutes façon, avec les réchauffements climatique, on va pouvoir s’en servir pas mal.»

Ce projet concorde très bien avec les idées lancées par le parti depuis 2006, comme l’abolition de la loi de la gravité, «puisqu’elle est illégal et n’a jamais été voté aux parlement», peut-on lire sur leur site web. Une autre proposition, que l’on peut consulter sur leur site ou leur page Facebook, a suscité beaucoup d’engouement chez les jeunes du québec, mais aussi ailleurs au Canada: «Par souci d’équité entre toutes les provinces canadiennes, nous appliquerons la loi sur les mesures de guerre aux 9 provinces qui ne l’ont pas vécu en octobre 1970.»

«Une blague comme celle-ci rejoint tout le monde, même hors Québec. Même si tu n’est pas pour l’indépendance du Québec, c’est impossible d’être pour les mesures de guerres», ajoute Berthiaume en riant.

Le parti rhinocéros actuel est né en 2006, mais est en fait la continuité d’un parti portant le même nom, qui a existé de 1963 à 1993. L’élection fédérale de 1993 a vu plusieurs changements au système électoral lui même: pour être reconnu comme parti, il fallait avoir au moins 50 candidats, et que chacun défraie 1000$ pour sa candidature. Les candidats qui récolteraient moins de 15% des votes dans leur circonscription ne récupéreraient pas leur somme. Ces contraintes additionnels ont eu raison de plusieurs partis mineurs, dont le parti rhinocéros. «On le sait que ça ne nous visait pas, mais ça fait mal pareil», ajoute Berthiaume.

Les deux mesures électorales de 1993, créées par les conservateurs, ont été retirées en 2006. L’élection de 2008 a donc vu la naissance d’un nouveau parti rhinocéros, qui portait le nom de néorhino.ca. Il a été fondé par plusieurs anciens membres, dont Francois Gourd, qui fut chef durant plusieurs années. «On ne choisi pas vraiment de chef, parce qu’on en a pas besoin», explique Berthiaume. «À chaque campagne, il y a toujours un candidats beaucoup plus intense que les autres, et il devient un peu chef par défaut». En 2019, c’est Sébastien CoRhino qui tient les rênes du parti.

Bureau électoral Le bureau électoral du Parti Rhinocéros

Le parti semble un peu anarchique dans son système. Chaque candidat est libre d’avoir ses propres idées, bien «qu’ils tendent tous vers la gauche». Un franc contraste avec le Bloc Pot, parti provincial dont Jean-Philippe Berthiaume est également chef. Dans le ce parti, il n’y a qu’une seule ligne directrice: retirer le cannabis du code criminel. «On a des candidats de gauche, de droite, de centre, etc.». Même aux réunions du parti, le chef est très clair: on ne parle pas d’autres choses que du cannabis, les autres opinions ne nous regardent pas.»

«Le Bloc Pot, c’est mon projet sérieux, mais le rhino c’est mon échappatoire», affirme-t-il. Dans le climat politique actuel, il est essentiel de blaguer et de se faire entendre. «En 70, ils faisaient sauter des boites aux lettres. Aujourd’hui, on fait rire.» Celui qui se considère «un peu comme un felquiste des temps modernes» considère que, même sans être élu, il est possible de changer les choses.

Égoportrait

William d'Avignon

Un gars de type grand.