Geneviève Hinse, « la femme de la situation »
En 2017, Valérie Plante se présentait sur ses pancartes électorales comme « l’homme de la situation » face à son adversaire Denis Coderre, le maire sortant. Depuis le 8 octobre dernier, Geneviève Hinse, candidate libérale dans Rosemont–La Petite-Patrie, se présente sur ses pancartes comme « la femme de la situation » , en référence au slogan de celle qui est devenue mairesse de Montréal.
« Je fais partie d’un gouvernement avec un premier ministre foncièrement féministe. C’est une grande fierté » , dit Mme Hinse. Non, elle ne vient pas de conclure un mandat comme député à la Chambre des communes. Elle est néanmoins une habituée des coulisses de la politique, bien qu’elle ne soit pas un « visage public » , à l’instar de son adversaire néo-démocrate Alexandre Boulerice, porte-étendard de son parti au Québec.
Celle qui milite depuis douze ans au Parti libéral a travaillé aux côtés de l’ancien chef Stéphane Dion, puis dans l’équipe de Justin Trudeau. Depuis 2015, elle a contribué aux assises des projets de loi sur la légalisation du cannabis et de l’aide médicale à mourir, deux « dossiers compliqués » , lance la titulaire d’une maîtrise en communication de l’Université de Montréal.
Geneviève Hinse décrit humblement son travail dans l’angle mort du regard du grand public. Elle ne s’en laisse toutefois pas imposer face à son opposant néo-démocrate, qui s’est accaparé de 49 % des voix aux élections de 2015, faisant de lui l’un des seuls survivants du parti à surfer sur la vague orange qui avait balayé le Québec quatre ans plus tôt.
« On est tous des progressistes. Autant le NPD, le Parti vert que le Bloc. Sur le fond, on est plus semblables que différents » , souligne-t-elle en faisant référence à la teneur des discussions lors du dernier débat débat de circonscription. « Les libéraux sont peut-être plus pragmatiques [que les néo-démocrates] » , ajoute celle qui se considère « foncièrement progressiste » .
Campagne nationale, campagne locale
À deux semaines du scrutin, Geneviève Hinse se dit active sur le terrain. Elle sent que les discussions avec les citoyens se précisent, ces derniers anticipant de plus en plus la décision qu’ils devront prendre une fois dans l’urne. Contrairement aux deux dernières élections, remportées haut la main par M. Boulerice, la prochaine pourrait occasionner une lutte à trois entre libéraux, néo-démocrates et bloquistes.
Au chapitre de ses priorités locales, la candidate Hinse évoque l’accès au logement et la mobilité. Elle vante le travail de son parti, qui a mis sur pied en 2017 la première Stratégie nationale sur le logement, un plan dont les visées sont établies sur dix ans. « Il y a beaucoup de richesse dans Rosemont–La Petite-Patrie, mais il y a aussi beaucoup de pauvreté » , souligne la candidate libérale.
Dans le comté, 70 % des électeurs sont des locataires. Le taux d’inoccupation des logements, lui, se situe sous le seuil critique de 3 %, selon la Confédération québécoise des coopératives d’habitation.
« Ce que j’aime de cette politique, c’est qu’elle ne touche pas seulement la création de logements. Elle touche autant l’itinérance, l’accès aux logements abordables que l’aide à l’achat d’une première propriété » , explique Mme Hinse, qui ajoute qu’elle compte travailler avec les autres paliers de gouvernement pour augmenter l’offre de transports en commun dans la circonscription.
Défense du bilan
Lucide, la candidate admet qu’elle doit aussi défendre le bilan de son chef et du gouvernement sortant. Se présentant comme un parti préoccupé par l’urgence climatique, le Parti libéral est aussi celui qui a acheté cette année le pipeline Trans Mountain au coût de 4,5 milliards de dollars.
« La transition énergétique, on aimerait la faire du jour au lendemain, admet Mme Hinse. Certains partis vont vous dire qu’il faut la faire du jour au lendemain. Nous, ce qu’on dit, c’est que ça prend plusieurs années et que ça prend un plan. »
Par rapport à Trans Mountain, Mme Hinse rappelle que le projet permettra à Ottawa « d’acheminer des produits qu’on va vendre à haut prix vers les marchés internationaux » , et que « tous les profits seront investis dans la transition énergétique » . « Non seulement la transition énergétique ne se fait pas du jour au lendemain, elle a aussi un prix » , se défend-elle.
Croit-elle en ses chances, au même titre que Valérie Plante en 2017, de l’emporter face à un élu dont la popularité est indéniable? Elle croit avec assurance que le Parti libéral sera reporté au pouvoir, paraphrasant les propos de son chef tenus la veille à l’émission Tout le monde en parle : « Je ne peux pas concevoir de me réveiller le 22 octobre avec un gouvernement qui n’a pas d’ambition pour l’environnement alors que 500 000 personnes ont marché dans les rues de Montréal le 27 septembre. » Et dans Rosemont–La Petite-Patrie? « Je vais être très fatigué, le 22 octobre, parce que je vais avoir fait mon maximum. »