Candidat.e.s pour le climat

climat sept. 27, 2019

Ou l'importance du travail de terrain.


«Comment osez-vous?»
«Comment osez-vous?» a demandé Greta Thunberg au Sommet sur le climat de l'ONU, à New York en début de semaine. Sa question, qui dénonçait les arguments opposés par les politiciens pour ne pas agir contre les changements climatiques, est devenue le cri de ralliement de plusieurs marcheuses et marcheurs en ce 27 septembre.

Y a-t-il eu un « effet Thunberg »? La présence à Montréal de la militante suédoise de 16 ans a peut-être contribué à faire de la marche pour le climat du 27 septembre 2019 l'une des plus importantes manifestations à jamais avoir eu lieu dans la métropole.

Entre 300 000 et un demi-million de personnes ont formé un cortège de près de 4 kilomètres . Parmi les manifestants, on comptait plusieurs candidat.e.s aux prochaines élections fédérales.

Yves-François Blanchet (à droite)
Yves-François Blanchet (à droite), pose en compagnie d'un sympathisant au départ de la marche pour le climat du 27 septembre.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a indiqué à Élections2019 qu'«une trentaine de nos candidats sont ici». Parmi ceux-ci, Mario Beaulieu, député sortant de La Pointe-de-l'Île et candidat dans cette même circonscription, a été aperçu prenant des photos sur le terre-plein de l'avenue du Parc.

Mario Beaulieu
Mario Beaulieu.

Élections2019 a également aperçu le candidat du Parti vert dans Thérèse-De Blainville , Normand Beaudet quelques minutes avant le départ de la marche.

Normand Beaudet
Normand Beaudet.

Dans un tweet, la députée sortante de la circonscription d' Ahuntsic-Cartierville , Mélanie Joly, a aussi déclaré qu'une trentaine de candidat.e.s du Parti libéral du Canada sillonnaient les rues de la ville.

En fait, si on se fie aux réseaux sociaux, les aspirant.e.s politicien.ne.s étaient nombreux.ses à demander... aux politicien.ne.s d'agir pour le climat.

Certains en profitaient même pour donner des entrevues à des journalistes.

C'était, en fait, la journée parfaite pour des étudiant.e.s en journalisme qui cherchaient à rencontrer leurs candidat.e.s.

Le travail de terrain est essentiel au journalisme. Il a permis à Élections2019 de croiser Louis-Gilles Francœur , l'un des premiers reporters à couvrir régulièrement l'environnement au Québec, dès le début de la décennie 1980.

Louis-Gilles Francœur
Louis-Gilles Francœur.

M. Francœur a consacré à l'environnement 30 des 40 années de sa carrière comme journaliste au Devoir . En 2012, il a accepté un mandat de cinq ans comme vice-président du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, le BAPE. Aujourd'hui, il enseigne à l'Institut des sciences de l'environnement de l'UQAM.

La marche lui donne de l'espoir. Il a assisté à la toute première conférence de l'ONU sur les changements climatiques à Toronto, en 1988. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat , le GIEC, a été fondé dans la foulée de cette conférence. « Les études, à l'époque, disaient qu'on allait peut-être commencer à ressentir les effets du réchauffement en 2030 », se souvient-il. Elles se sont trompé, puisque les effets se font sentir beaucoup plus tôt.

« À chaque étude, les scientifiques font des scénarios », rappelle-t-il. Il y a des scénarios optimistes et des scénarios pessimistes. « Eh bien à chaque fois, dit-il, c'est le scénario du pire qui s'est réalisé! [...] Comme société, on est toujours en train de peser sur snooze. Est-ce qu'on va se réveiller à temps? »

Affiche comprenant un dessin de Donald Trump, avec le message et jeu de mots suivant: «Persona non Greta».
Une des nombreuses affiches ciblant les dirigeants actuels.

Il a un conseil pour les journalistes en herbe. Le principe de l'équité est fondamental, en journalisme. Mais quand on couvre les changements climatiques, « ce n'est pas de l'équité que de mettre sur le même pied la science de 180 pays qui étudient les changements climatiques, d'une part, et, d'autre part, des gens qui sont payés pour signer des documents faits par des relationnistes de compagnies. Ça s'appelle faire le jeu de la désinformation. Il faudrait se donner un coup de pied dans le derrière, comme journalistes ».

Rappelons qu' une étude publiée en août dans Nature Communications a révélé que les climatosceptiques étaient cités dans 49% de plus d'articles que les scientifiques. Les chercheurs, qui ont réalisé leur enquête sur un échantillon d'environ 100 000 articles de la presse anglophone, concluent que les responsables des rédactions, dans les médias, doivent faire un examen de conscience et « ajuster l'attention disproportionnée qui est accordée au climatosceptiques ».

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