DROGUES ET CRÉATIVITÉ


Un reportage de Nina-Rose Cassivi, Raphaël Delaprée
et Marie-Provence St-Yves



Depuis leur découverte par l’homme, les drogues semblent avoir été un élément clé et un outil pour de nombreux processus créatifs d’artistes. Les croyances populaires disent que les drogues rendraient plus créatif. Tout au long de cette recherche, trois jeunes artistes et deux spécialistes ont posé un regard nouveau sur le rôle des drogues dans la créativité artistique. La consommation de substances stimulerait l’imagination : mythe ou réalité ? Les artistes sont-ils effectivement plus créatifs grâce aux drogues, ou pourraient-ils l’être tout autant sans consommer ?

Ce reportage, abordant la mince frontière entre la drogue et la créativité, s’inspire du travail effectué par Bryan Lewis Saunders, artiste de performance né en 1969 aux États-Unis, qui est « à la recherche de nouvelles expériences pouvant affecter sa perception de lui-même et de son environnement ». Il a décidé de prendre une drogue différente chaque jour et de réaliser un autoportrait sous les effets de chacune d’elles, ce qui a donné des résultats assez étonnants et variés.

Quelque portraits de Bryan Lewis Saunders réalisés sous l'effet de drogues

La majorité des artistes rencontrés ont confié que les drogues qu’ils consommaient leur apportaient un sentiment de légèreté et de bien-être, ce qui les pousse à en prendre lorsqu’ils créent. Or, selon une étude menée aux Pays-Bas à l’Université de Leyde en 2016, le cannabis réduirait la créativité et pousserait plutôt les consommateurs à commettre des erreurs, tout en abrégeant leurs idées à éclore. Les conclusions sur le sujet restent vastes puisque les avis sont mitigés. Certaines drogues aideraient les gens déjà créatifs (dont les artistes) à ouvrir de nouveaux horizons d’inspirations. On ne devient donc pas créatif en consommant, on l’est déjà avant de consommer. C’est peut-être justement cette créativité qui pousse les artistes à être curieux d’explorer leurs habiletés créatives en essayant des drogues.

Nous avons réalisé un sondage auprès de 50 personnes pour connaître l’avis du grand publique sur les drogues et la créativité. Les résultats, assez surprenants, indiquent que 88% des gens sondés, de tous âges confondus, ont déjà consommé de la drogue au moins une fois dans leur vie. Parmi eux, 80% aiment les effets ressentis. Presque 84% de ces personnes pensent qu’un artiste ne pourrait pas refaire la même œuvre sans drogue. Plus de la moitié des gens sondés croient fortement qu’il y a un lien direct entre la créativité et les drogues.

Graphique des résultats du sondage pour la question: Pourquoi certains artistes consomment des drogues?
Graphique des résultats du sondage pour la question: Est-ce qu'une oeuvre créée 100% sous l'effet de drogues peut totalement appartenir à l'artiste?

Découvrez ci-dessous les artistes et spécialistes qui démystifient le mythe des drogues qui rendent les gens créatifs.


Yannick Fornacciari

Photographie du projet Heroin days de Yannick Fornacciari

Yannick Fornacciari est un photographe français né à Aix-en-Provence. Il a vécu une descente en enfer pendant 3 ans dans le monde de la drogue dure. Installé à Montréal depuis 2013, il a décidé de s’emparer de son appareil photo pour raconter la période la plus sombre de sa vie dans l’optique d’humaniser l'univers de la toxicomanie.

L’exposition « Heroin Days » est comme un journal intime visuel où il fait beaucoup de portraits de gens qu’il rencontre et y montre des photos que ses proches ont prises de lui pendant les trois années où il était dépendant à l’héroïne. Cette exposition a connu un grand succès, mais le photographe ne veut pas que son travail ne se résume qu’à cela. Yannick a essayé les drogues à un jeune âge. Il a commencé par fumer des joints, puis à 18 ans, il a essayé l’héroïne.

Adolescent, la curiosité de Yannick l'a mené a explorer la diversité des drogues. Il a tout goûté : le crack, le crystal meth, les champignons, l’ecstasy, le speed, mais il n’y a que l’héroïne qui l’a plongé dansla dépendance. Ayant cette envie de pimenter sa vie en essayant toutes sortes de drogues, il souhaitait avant tout connaitre les capacités de son esprit et de son cerveau. Il désirait aussi pousser les limites de son intelligence, explique-t-il.

Photographie du projet Heroin days de Yannick Fornacciari

« J’ai commencé à 18 ans à consommer des antidouleurs et j’ai continué pendant des années jusqu’à la crise des opiacés et que je ne puisse plus continuer à obtenir mes antidouleurs chez le médecin, ce qui a fait que j’ai dû aller dans la rue pour m’en procurer. Je n’ai pas pu trouver de l’aide alors j’ai dû me tourner vers la rue et c’est là que je suis tombé dans l’héroïne », explique le Français de 32 ans.

Il eut l’idée de faire son projet artistique « Heroin days » quand il a commencé à consommer la méthadone en 2018 dans le but d’arrêter petit à petit de consommer de l’héroïne. C’est à ce moment qu’il a commencé à être plus stable.

Yannick Fornacciari trouve que les drogues sont un bon moyen pour apprendre à se découvrir : «je trouve que les mentalités par rapport aux drogues sont assez limitées et qu’on a tendance à les diaboliser alors qu’elles offrent quand même une grande perspective de connaissance de soi ».

La drogue en général peut amener certains artistes à explorer des horizons. Il y a pleins de peintres qui se servent d’hallucinogènes, explique Yannick, qui a la conviction que la consommation peut avoir un certain effet sur la création.

Cependant, l’héroïne est pour Yannick synonyme d’exclusion sociale et de frein à son travail, car une fois devenu dépendant aux opiacés, sa créativité chutait drastiquement, allant à l’encontre de son désir de créer et de rencontrer des gens. Après avoir tiré un trait définitif sur l’héroïne, sa créativité est soudainement remontée en flèche.

Après les orages, le beau temps. Il a découvert une passion pour la photographie en couleur et la photographie argentique, qu’il ne pratiquait pas auparavant. Sa vie a énormément changé après qu’il ait décidé d’arrêter de consommer des drogues dures, car il a de nouveau rencontré des gens intéressants qui l’inspiraient et est sorti de sa zone de confort. Il a également recommencé à avoir des tonnes idées et à explorer de nouvelles techniques de photographie.

Aujourd’hui, Yannick est très impliqué dans communauté LBGTQ. Il est aussi le photographe officiel de Femen Canada.

Yannick Fornacciari aujourd'hui

https://www.instagram.com/yannickfornacciari/?hl=fr-ca

Lien pour consulter le travail du photographe


Nicolas Mavrikakis

Nicolas Mavrikakis est un passionné d’histoire de l’art, matière qu’il enseigne au collège Jean-de-Brébeuf. En plus d’effectuer des critiques d’art dans le journal Voir, il prend plaisir à organiser des expositions et à peindre durant ses heures perdues. Nicolas Mavrikakis, avide de savoir, affirme que le rapport entre drogues et créativité est un phénomène existant depuis très longtemps, mais ayant pris de l’ampleur surtout au 19e siècle avec le romantisme.

Entrevue avec l'enseignant d'histoire de l'art et critique d'art, Nicolas Mavrikakis

Alexandre TTS

Entrevue avec le rappeur TTS

Alexandre, ou TTS de son nom d’artiste, est étudiant en design graphique. La musique et le cannabis font partie de son quotidien. Passionné d’art visuel, il s’amuse à créer ses pochettes d’album, et ce, toujours sous l’influence de cannabis. Cela lui procure un sentiment de légèreté et de bien-être et lui permet même de plus se « laisser aller » lors de ses enregistrements de chansons. Il admet que pour certaines étapes de son travail, il ne consomme pas pour être vraiment concentré.


Cathy Lebeau

Cathy Lebeau est étudiante en psychologie à l’UQAM. Elle se penche sur les effets que la drogue occasionne sur le cerveau humain. Elle démystifie le mythe concernant les artistes connus qui ont longuement consommé des substances tels que de l’alcool en abondance, le cannabis et les drogues hallucinogènes. Cathy Lebeau explique les effets de ces drogues sur le cerveau des artistes qui en consomment et les effets qui peuvent en découler.


Arnaud Bellemare

Arnaud Bellemare est un jeune ambitieux qui adore philosopher sur la vie et accéder à un monde de réflexions profondes. Il a commencé à fumer du cannabis jeune, mais il considère que cela ne lui apporte que de belles choses dans la vie. Consommer en fumant fut une révélation pour lui puisqu’il s'y découvra une passion pour la peinture et la photographie. Il aime s’évader dans un monde où tout lui semble simple, loin de la réalité stressante du quotidien, raconte le jeune artiste.

Entrevue avec l'artiste visuelle Arnaud Bellemare