André Parizeau: Une affaire de famille
Selon ses dires, André Parizeau a toujours été le mouton noir de sa famille parce qu’il était « trop à gauche ». Aujourd’hui candidat pour le Bloc Québécois dans Ahuntsic-Cartierville, il est maintenant en paix avec le poids immense de son nom et est prêt à continuer son combat pour la cause québécoise.
« C’est une affaire de famille »: pour comprendre les origines de l’amour inconditionnel d’André Parizeau pour la politique, nul besoin de chercher bien loin. Si ses deux parents étaient grandement impliqués sur la scène provinciale, c’est bien sûr son oncle Jacques, pillier de la révolution tranquille et figure de proue du mouvement souverainiste, qui retient l’attention. Pourtant, leur relation n’a pas toujours été placide, notamment en raison de leurs différents idéologiques. Président du Parti Communiste du Québec (PCQ) de 1998 à 2005, André Parizeau penchait souvent un peu trop à gauche au goût de sa famille.
« J’ai toujours été très à gauche. Les valeurs [communistes] qui me rejoignent ne sont pas celles qu’on a retrouvées en U.R.S.S. ou en Chine. Ce sont des valeurs que je continue de défendre au sein du Bloc », affirme Parizeau, contemplatif. Dès l’âge de 14 ans, il s’impliquait déjà pour le Nouveau Parti Démocratique. Quelques années plus tard, il joignait tour à tour le Parti Québécois et le Bloc, en plus de participer à la fondation de Québec Solidaire. Par ses implications politiques, il est facile de deviner qu’il milite, tout comme son oncle, jadis, pour l’indépendance de la Belle Province.
S’il se présente aujourd’hui sur la scène fédérale, ce n’est toutefois pas parce qu’il ne croit plus à la faisabilité de ce projet de société. « Je suis allergique au dogmatisme, mais je suis très terre-à-terre. L’indépendance se fera à Québec, pas à Ottawa. Mais si on ne s’occupe pas de la scène fédérale, nos intérêts ne seront pas défendus par des fédéralistes. », justifie-t-il.
Une circonscription salvatrice pour le Bloc
Ce n’est un secret pour personne, le Bloc Québécois a peiné à se remettre de la vague orange de 2011 et du départ de Gilles Duceppe, qui avait réussi à faire élire au moins 38 députés dans chacune de ses cinq élections. C’est toutefois à la suite de la vague de départs entourant la chefferie de Martine Ouellet que le parti a atteint les bas fonds.
Le comité bloquiste de la circonscription d’Ahuntsic-Cartierville avait alors investi plusieurs dizaines de milliers de dollars de son propre fond pour relancer le parti, qui n’avait presque plus de ressources pour fonctionner.
Avant le redécoupage de la carte électorale, qui a ré-assigné le Sault-au-Récollet - un district fortement nationaliste - à la circonscription de Bourassa, Ahuntsic-Cartierville était un château fort bloquiste de 2006 à 2015. Mélanie Joly a ensuite dominé la dernière élection fédérale et est largement désignée comme favorite aux urnes cette année, selon qc125. André Parizeau croit-il qu’il a ce qu’il faut pour mettre un terme à l’hégémonie de la ministre sortante du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie?
« Je pense qu’il y a beaucoup de mécontentement. Si tous les nationalistes arrêtaient de voter pour les vieux partis, on pourrait sortir Mélanie Joly. Initialement, je ne voulais pas me présenter, mais s’il n’y avait pas de candidat plus flamboyant que moi, j’allais le faire. » Ce dernier dédramatise d’emblée une potentielle défaite aux mains de Mme Joly, puisqu’il préconise une vision à moyen terme dans la circonscription.
En cas de victoire, toutefois, il privilégierait certains enjeux qui ont été délaissés par la députée sortante, selon ses dires. Entre autres, la francisation des grandes entreprises, le trafic aérien et la sécurité ferroviaire dans le quartier seraient mis de l’avant à la Chambre des communes advenant son élection. Toutefois, peu importe le résultat, André Parizeau se dit bientôt prêt à passer le flambeau à la prochaine génération de jeunes nationalistes.
« Je suis content, toute une relève émerge dans la campagne, les jeunes commencent à s’impliquer. Ça me donne confiance pour l’avenir. Il est temps que les cheveux blancs laissent leur place aux autres », affirme-t-il en clôture d’entrevue, le sourire aux lèvres.
Crédit photo principale: André Parizeau