Hull: la fidèle laissée pour compte
Selon le site du directeur général des élections, à chaque élection depuis 1971, à l'exception de celle de 1976, Hull a toujours été représentée par un candidat libéral.
| Année | Élu (Parti) | % de voix recueillies |
|---|---|---|
| 1973 | Parent, Oswald (P.L.Q.) | 57,08% |
| 1976 | Villeneuve Ouellette, Joceline (P.Q.) | 40,57% |
| 1981 | Rocheleau, Gilles (P.L.Q.) | 49,76% |
| 1985 | Rocheleau, Gilles (P.L.Q.) | 61,09% |
| 1989 | LeSage, Robert (P.L.Q.) | 55,25% |
| 1994 | LeSage, Robert (P.L.Q.) | 56,56% |
| 1998 | Cholette, Roch (P.L.Q.) | 59,30% |
| 2003 | Cholette, Roch (P.L.Q./Q.L.P.) | 57,25% |
| 2007 | Cholette, Roch (P.L.Q./Q.L.P.) | 42,53% |
| 2008 | Gaudreault, Maryse (P.L.Q./Q.L.P.) | 51,27% |
| 2012 | Gaudreault, Maryse (P.L.Q./Q.L.P.) | 39,48% |
| 2014 | Gaudreault, Maryse (P.L.Q./Q.L.P.) | 55,17% |
Même quand le Parti libéral a perdu en popularité dans le reste de la province, une grande proportion d'électeurs hullois ont continué de se déplacer aux urnes pour témoigner leur appui au parti.
En mai 2015, ce sont 35 700 Gatinois qui traversent la rivière chaque jour pour travailler à Ottawa, seulement dans la fonction publique fédérale. Ce chiffre ne tient pas compte de tous ceux qui se rendent dans la capitale fédérale pour étudier et se faire soigner. La région se révèle donc très rébarbative à toute menace de séparation de la province du reste du Canada. Le vote pour les partis affichant une option souverainiste à leur programme plafonne habituellement autour de 33% dans Hull .
Le premier octobre, la région de l'Outaouais pourrait, pour une première fois depuis longtemps, changer de couleur dans certaines de ses circonscriptions. Selon le site de projection électoral Qc125.com, les candidats libéraux dans Gatineau , Chapleau et Papineau se font chauffer par les candidats caquistes. Toutefois, une circonscription semble ne pas démordre de sa fidélité au parti libéral: Hull . Portrait de ce bastion rouge de l'Outaouais en marche vers le premier octobre.
Ottawa, la béquille
Dans une lettre qu’il a fait parvenir aux chefs des partis représentés à l’Assemblée nationale, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin dénonce le «retard» que l'Outaouais connaît en comparaison avec d'autres régions du Québec, entre autres en terme de financement en santé et en éducation.
Selon un rapport de l'IRIS publié en août dernier, le financement public des système de santé et d'éducation postsecondaire de la région accuserait un retard de 250 millions $ par rapport au financement d'autres régions à peu près semblables.
« Historiquement, faut croire autant au niveau de la santé qu’en éducation, le gouvernement à Québec s'est dit sûrement : "Ah bien les gens en Outaouais, oui ils ont des problèmes, mais on s’inquiète pas trop pour eux parce qu’ils peuvent toujours aller se faire servir sur le bord ontarien. Ce n'est pas comme s'ils n'avaient pas d’autres options" », avance Andrew Gibson, président du groupe Santé Outaouais 2020 (SO2020).
« La logique n’est pas tout à fait farfelue , ajoute-t-il, mais il y a eu de l’abus à travers les décennies .»
Selon M. Gibson, ce « sous-financement récurrent annuel » mène, entre autres, à des problèmes d'infrastructures. « L’hôpital de Hull est particulièrement vieux. On entend des histoires assez horribles de chambres pour les patients qui sont pleines de moisissures. [...] Ce n’est pas décent de demander à la population d'être hébergée dans ce lieu-là », déplore-t-il.
Les services disponibles pour les régions rurales ont aussi souffert de la réforme Barrette en santé. «Avant, en Outaouais, il y avait 5 agences de santé distinctes qui ont toutes été centralisées en un CISSS, ça a eu des impacts sur les régions périphériques», ajoute M. Gibson.
Le porte-parole de SO2020 mentionne aussi des problèmes de recrutement de personnel, d'attente aux urgences et d'accessibilité aux médecins spécialistes. « Mais c'est sûr qu’à la source, c’est des problèmes de financement », conclut-il.
Ce dernier note toutefois que les dernières années ont aussi été le chantier de certains succès comme l'ouverture d'une nouvelle maison des naissances ainsi qu'une meilleure accessibilité aux médecins de famille.
Dans le dossier de l'éducation postsecondaire, le maire de Gatineau, toujours dans sa lettre aux candidats, dénonce que «l es programmes d’enseignement postsencondaire disponibles en Outaouais ne correspondent ni aux besoins de la région, ni à son poids démographique ».
La proximité avec Ottawa et ses universités vient aussi poser une embûche au développement de la région. « On subit la compétition d’acteurs qui n’existent pas ailleurs au Québec. On a du mal à attirer une partie du public étudiant », explique François Pays, conseiller aux affaires socio-culturelles pour l’Association générale des étudiants de l'UQO (AGE-UQO). Ce dernier parle d'«un exode de la population estudiantine locale».
La situation du milieu communautaire de la circonscription est elle aussi précaire.
«Dans la région, il y a beaucoup de très hauts salaires», lance Lise Paradis, directrice exécutive au Gîte ami, un organisme venant en aide aux personnes itinérantes. L'enveloppe budgétaire allouée aux organismes est déterminée entre autres par cette variable, ce qui fait que l'organisme peine à obtenir des fonds publics supplémentaires.
«La nuit, on a un seul intervenant sur le plancher pour environ 50 à 60 personnes dont 30% environ proviennent de Pierre-Janet, [un hôpital en santé mentale], ou du milieu carcéral, s ouffle Mme Paradis. Ça devient une question de sécurité.»
Les problèmes de financement rendent aussi difficile de garder des employés dans l'organisation. « On passe beaucoup de temps à recruter du personnel, à former du personnel et aussitôt qu’ils ont un peu d’expérience, on les perd. Soit ils vont travailler à l’intérieur même du système du CISSSO ou ils s’en vont travailler en Ontario [pour un meilleur salaire] », confirme la directrice exécutive du Gîte ami.
Si la lutte s'annonce presque gagnée d'avance pour la député libérale sortante Maryse Gaudreault, Andrew Gibson, porte-parole de SO2020, espère que les interventions dans tous les secteurs se feront «davantage en amont qu'en réaction» dans les quatre prochaines années.