23 avril, 2019

Coach de vie à l'ère du numérique

Prodiguer du support et de la motivation par l’entremise des réseaux sociaux ; voilà la mission dont se sont dotés nombre d’influenceurs s’adonnant au coaching. Mais comment distinguer les professionnels des amateurs ?

Coach de vie à l'ère du numérique

De plus en plus prisés, que ce soit pour leurs conseils sportifs, nutritionnels, professionnels ou sur un plan de développement plus personnel, les coachs de vie ont la cote. L’arrivée des réseaux sociaux rend certes le coaching facilement accessible, mais la ligne entre les professionnels et les influenceurs, elle, s’amenuise.

Que ce soit avec de courtes vidéos d’entraînement, des discours de motivation, des photos de saines nourritures ou des messages inspirants le bien-être, en un clic il devient facile pour n’importe qui de retrouver l’encouragement nécessaire à continuer dans l’atteinte de ses objectifs.

En contrepartie, il est tout aussi facile pour n’importe qui de prodiguer ces conseils, sans avoir au préalable de formation justifiable. Il en revient alors aux internautes de faire la part des choses.

La Fédération internationale des coachs (ICF) définit le coaching comme étant « la mise en place d’un partenariat avec les clients dans le cadre d’un processus de réflexion et de créativité, afin de les inciter à optimiser leur potentiel à la fois personnel et professionnel. »

Aux États-Unis, l’industrie entourant le développement personnel se chiffre autour de 10 milliards de dollars par an alors qu’on compterait un peu plus de 15 000 coachs pratiquant sur le territoire nord-américain. 72 % d’entre eux seraient membres de l’ICF.

En 2011, une étude menée par l’ICF démontrait que 55 % des coachs canadiens estiment que la pratique du coaching devrait être plus encadrée par les associations de coaching professionnel.

Mais « la profession de coaching n’est, pour le moment, pas réglementée au sein d’un ordre professionnel », rappelle la présidente du chapitre Québec de l’ICF, Lyne Leblanc. N’importe qui peut donc se prétendre coach après une simple formation ou même commencer à divulguer des conseils de vie via les réseaux sociaux. Il est donc de la responsabilité du client de s’assurer des compétences et de la certification des coachs avant l’embauche de ceux-ci, souligne-t-elle.

Pour obtenir la certification de la Fédération, 60 h de formation sont exigées afin d’assurer les compétences des personnes aspirant à devenir coachs. La certification, renouvelable tous les 3 ans, doit obligatoirement s’accompagner de 40 h de formation en continu « afin de poursuivre le développement de leurs connaissances et de leurs habiletés en coaching » peut-on lire sur le site. La cotisation s’élève alors à 170 $ pour faire partie du chapitre québécois de la fédération et d’environ 330 $ pour la fédération internationale.

Cependant, puisque la certification n’est pas obligatoire pour la pratique, certains coachs ne jugent pas nécessaire de souscrire à cette étape avant de se qualifier pour le titre de l’emploi. L’une des raisons soulevées serait le coût que représentent ces formations.

Employer sa remise en forme

Marie-Pier Fillion, fondatrice d’ En forme avec Marie , un ensemble de capsules de coaching sportif et nutritionnel disponible sur les réseaux sociaux, ne se définit pas comme une entraîneuse ou une coach de vie et n’en possède pas non plus la certification. Elle travaille plutôt à stimuler la motivation des gens pour les amener à prendre de saines habitudes de vie en se basant sur sa propre expérience de remise en forme et sur les programmes d’entraînement de la compagnie Beachbody.

« Je suis vraiment là pour aider les gens, les encourager, les motiver à ne pas lâcher, puis à leur donner de bons outils, des outils qui, eux, ont été créés par des professionnels, de vrais entraîneurs certifiés, des nutritionnistes, mais mon rôle à moi c’est vraiment de les encourager », explique-t-elle en entrevue.

À ce propos, un avertissement apparait au début de chacune de ses capsules pour avertir le client que, bien que ces programmes soient conçus par des professionnels, la jeune femme ne peut être tenue responsable d’une mauvaise application de l’exercice ou d’un faux mouvement. Une forme de protection pour cette coach virtuelle, mais aussi pour la compagnie pour laquelle elle encourage ses clients à utiliser les programmes.

« Les gens le savent […] ils sont au courant qu’il n’y a pas un entraîneur assis à côté d’eux à surveiller », avance-t-elle en mentionnant que c’est une pratique qui se retrouve aussi dans les contrats d’abonnement aux gyms ; ce ne serait donc pas quelque chose de particulier à ce type de coaching.

Leila Decroix, étudiante en communication à l’UQAM, trouve la motivation de faire du sport et de mieux s’alimenter par le biais de Shaun T, un coach de vie américain qu’elle suit sur Instagram depuis quelques années. À l’époque, son programme d’entraînement était considéré comme l’un des plus difficiles jamais enregistré sur DVD. Mais les résultats physiques presque immédiats qu’a obtenus Leila après avoir suivie ses conseils l’ont convaincu d’en poursuivre l’application.

Leila se rend quotidiennement sur la plateforme d’Instagram pour y suivre les enseignements du célèbre quarantenaire américain. Au moyen de recettes santé et d’entraînement effectué devant la caméra, Shaun T permet à l’étudiante d’obtenir sa dose de motivation pour la journée tout en gardant un certain équilibre dans sa vie. « C’est surtout ça ; de la nourriture, des conseils de vie, de la motivation puis du sport », explique-t-elle.

Le fait que ces capsules de motivation et de conseils se trouvent sur les réseaux sociaux en facilite un accès rapide et quotidien, contrairement à un suivi fait auprès d’un entraîneur sur une base hebdomadaire.

« En une demi-seconde, sur mon portable, il peut me redonner la motivation que j’avais perdu 10 min avant », précise-t-elle.

Malgré le fait que ce suivi ne soit ni personnalisé ni adapté nécessairement à ses capacités physiques, pour Leïla cela ne constitue pas un problème ; les programmes d’entraînement du coach sportif ont été « prouvés scientifiquement » et donnent les résultats escomptés. « J’ai toujours fait aveuglément confiance à Shawn T », affirme-t-elle.

Préférer les livres à l’écran

Certaines personnes, au contraire, préfèrent la matérialité et la lenteur qu’offre un livre à l’instantanéité des réseaux sociaux pour y trouver un support quotidien. Pour David Plourde, ébéniste dans la trentaine, le développement personnel va bien au-delà du coaching et c’est à son rythme que le travail sur soi doit se faire. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il préfère aller chercher conseil dans les livres de croissance personnelle plutôt qu’auprès d’un coach de vie, virtuel ou pas.

La bibliothérapie — ou la thérapie par la lecture — lui permet une plus grande liberté pour interpréter certains passages tirés de ses livres. Il le fait en se basant sur ses propres expériences personnelles, et ce, sans avoir à se soucier du poids du regard d’une tierce personne.

C’est l’idée de cheminer « sans influence » qui l’interpelle particulièrement, mais l’idée aussi qu’il peut prendre le temps qu’il ait besoin et revenir à sa guise sur un passage déjà lu. Ce qu’il juge plus difficile à réaliser avec un vidéo, par exemple, où le temps alloué au travail sur soi est déjà fixé par le coach, ce qui ne lui permettrait pas un aussi fort contact avec lui-même.

« C’est arrivé parfois que je vais comprendre des concepts, que je vais comprendre ce que je vivais par les mots [que je lis] », raconte-t-il en montrant une impressionnante bibliothèque de livres dédiés à la croissance personnelle trônant près de son fauteuil de lecture.

« Est-ce qu’un ami qui nous donne un conseil a nécessairement les compétences pour nous donner un conseil ? » demande David Plourde qui considère que l’aide que les gens peuvent aller chercher, que ce soit auprès des livres, des coachs ou via les réseaux sociaux, relève de la même logique.

« Il faut choisir ce qu’on décide de prendre comme conseil et laisser le reste », conclut-il.

La responsabilité de chacun

Depuis 2012, une nouvelle loi visant à assurer un meilleur encadrement de la psychothérapie est entrée en vigueur. Le titre de psychothérapeute ainsi que le droit de pratique sont dorénavant réservés aux personnes se qualifiant auprès de l’Ordre des psychologues du Québec.

Bien que l’Ordre considère le coaching comme une forme d’intervention qui peut s’apparenter à une forme de psychothérapie, elle doit se restreinte spécifiquement au « développement des talents, des ressources ou des habiletés d’une personne qui n’est ni en détresse ni en souffrance », peut-on lire dans des documents obtenus auprès de l’Ordre.

« Le coaching est une approche humaine et je pense que pour être coach, il est intéressant de s’intéresser à la psychologie humaine. Mais ce n’est pas pour autant une démarche en psychothérapie » souligne la présidente du Chapitre Québec de la Fédération internationale des coachs, Lyne Leblanc.

Le coaching est là pour permettre à une personne le désirant d’atteindre un but fixé au préalable en focalisant sur son potentiel. Mais le rôle du coach « n’est pas dans le traitement de dysfonction », rappelle-t-elle, il est donc important que les clients et les adeptes de développement personnel demeurent critiques lors du choix d’une démarche et sachent si les besoins qu’ils ont relèvent de la psychologie, du coaching ou de la motivation.