Un reportage de Nina-Rose Cassivi, Raphaël Delaprée
et Marie-Provence St-Yves
Ce reportage, abordant la mince frontière entre la drogue et la créativité, s’inspire du travail effectué par Bryan Lewis Saunders, artiste de performance né en 1969 aux États-Unis, qui est « à la recherche de nouvelles expériences pouvant affecter sa perception de lui-même et de son environnement ». Il a décidé de prendre une drogue différente chaque jour et de réaliser un autoportrait sous les effets de chacune d’elles, ce qui a donné des résultats assez étonnants et variés.
Nous avons réalisé un sondage auprès de 50 personnes pour connaître l’avis du grand publique sur les drogues et la créativité. Les résultats, assez surprenants, indiquent que 88% des gens sondés, de tous âges confondus, ont déjà consommé de la drogue au moins une fois dans leur vie. Parmi eux, 80% aiment les effets ressentis. Presque 84% de ces personnes pensent qu’un artiste ne pourrait pas refaire la même œuvre sans drogue. Plus de la moitié des gens sondés croient fortement qu’il y a un lien direct entre la créativité et les drogues.
Yannick Fornacciari
Yannick Fornacciari est un photographe français né à Aix-en-Provence. Il a vécu une descente en enfer pendant 3 ans dans le monde de la drogue dure. Installé à Montréal depuis 2013, il a décidé de s’emparer de son appareil photo pour raconter la période la plus sombre de sa vie dans l’optique d’humaniser l'univers de la toxicomanie.
L’exposition « Heroin Days » est comme un journal intime visuel où il fait beaucoup de portraits de gens qu’il rencontre et y montre des photos que ses proches ont prises de lui pendant les trois années où il était dépendant à l’héroïne. Cette exposition a connu un grand succès, mais le photographe ne veut pas que son travail ne se résume qu’à cela.
Yannick a essayé les drogues à un jeune âge. Il a commencé par fumer des joints, puis à 18 ans, il a essayé l’héroïne.
Adolescent, la curiosité de Yannick l'a mené a explorer la diversité des drogues. Il a tout goûté : le crack, le crystal meth, les champignons, l’ecstasy, le speed, mais il n’y a que l’héroïne qui l’a plongé dansla dépendance.
Ayant cette envie de pimenter sa vie en essayant toutes sortes de drogues, il souhaitait avant tout connaitre les capacités de son esprit et de son cerveau. Il désirait aussi pousser les limites de son intelligence, explique-t-il.
« J’ai commencé à 18 ans à consommer des antidouleurs et j’ai continué pendant des années jusqu’à la crise des opiacés et que je ne puisse plus continuer à obtenir mes antidouleurs chez le médecin, ce qui a fait que j’ai dû aller dans la rue pour m’en procurer. Je n’ai pas pu trouver de l’aide alors j’ai dû me tourner vers la rue et c’est là que je suis tombé dans l’héroïne », explique le Français de 32 ans.
Il eut l’idée de faire son projet artistique « Heroin days » quand il a commencé à consommer la méthadone en 2018 dans le but d’arrêter petit à petit de consommer de l’héroïne. C’est à ce moment qu’il a commencé à être plus stable.
Yannick Fornacciari trouve que les drogues sont un bon moyen pour apprendre à se découvrir : «je trouve que les mentalités par rapport aux drogues sont assez limitées et qu’on a tendance à les diaboliser alors qu’elles offrent quand même une grande perspective de connaissance de soi ».
La drogue en général peut amener certains artistes à explorer des horizons. Il y a pleins de peintres qui se servent d’hallucinogènes, explique Yannick, qui a la conviction que la consommation peut avoir un certain effet sur la création.
Cependant, l’héroïne est pour Yannick synonyme d’exclusion sociale et de frein à son travail, car une fois devenu dépendant aux opiacés, sa créativité chutait drastiquement, allant à l’encontre de son désir de créer et de rencontrer des gens. Après avoir tiré un trait définitif sur l’héroïne, sa créativité est soudainement remontée en flèche.
Après les orages, le beau temps. Il a découvert une passion pour la photographie en couleur et la photographie argentique, qu’il ne pratiquait pas auparavant. Sa vie a énormément changé après qu’il ait décidé d’arrêter de consommer des drogues dures, car il a de nouveau rencontré des gens intéressants qui l’inspiraient et est sorti de sa zone de confort. Il a également recommencé à avoir des tonnes idées et à explorer de nouvelles techniques de photographie.
Aujourd’hui, Yannick est très impliqué dans communauté LBGTQ. Il est aussi le photographe officiel de Femen Canada.
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