24 avril, 2019

Improvisation journalistique ayant pour titre... La créativité artistique

L'improvisation est une des formes d'art les plus invitantes mondialement poussant à rendre le public directement impliqué dans le spectacle grâce aux votes. Pourtant, beaucoup sont terrifiés à l'idée d'aller sur la scène tandis que d'autres admirent les bienfaits créatifs que l'improvisation peut apporter.

UN REPORTAGE D'HUGO RAICHE ET DE GUILLAUME WHALEN

L’improvisation fait partie du patrimoine culturel du Québec. Plusieurs grands noms du «showbizz» ont passé par l’improvisation au niveau secondaire et collégial pour se forger leur carrière telle qu’elle est aujourd’hui. Certains ont eu une piqûre si forte que c'est l'improvisation qui les ont poussés à vivre de la scène.

Nous avons réalisé des brèves capsules vidéo auprès de quatre étudiants soit deux en art dramatique et deux autres en humour. Dans chacun de ces milieux, un se réclame pleinement de l'improvisation tandis que son homologue avoue en éprouver des réticences. Un seul qui vit sa vie d'artiste et en fait son métier a été interviewé.

Nous nous sommes penchés sur l'humour et le théâtre parce que l'improvisation est un heureux mélange entre le rire, l'émotion et l'écriture dramatique. Pour certains, il est curieux d'observer la différence entre les humoristes et les acteurs lorsqu'ils improvisent. Les humoristes auront plus tendance à chercher le rire et à gagner l'amour du public puisque c'est ainsi qu'ils font des spectacles. En humour tu présentes ta personne sur une scène et il peut être terriblement blessant pour la confiance en soi de ne pas sentir l'approbation de ses pairs. «La source de nos angoisses et de nos doutes, surtout dans le milieu de l'humour à savoir si on est capable, pourrait disparaître par l'impro parce que le but c'est d'avoir du fun et d'essayer des affaires», a renchéri Dominique Allard, un finissant à l'École nationale de l'humour.

En théâtre, il y a plus de subtilité puisque les comédiens jouent un personnage qui n'est pas le leur. «L'improvisation n'est pas toujours un avantage puisqu'il y a la quête du rire. Tu ne joues plus et tu joues surtout seul quand tu as seulement cet objectif en tête. Ce réflexe d'improvisateur est regrettable et il faut le laisser de côté», exprime Francis Sasseville, professeur de théâtre.


LE THÉÂTRE

« Quand j’ai découvert que le théâtre et l’impro étaient liés, j’ai trouvé ça bien amusant. J’avais le goût d’exploiter quelque chose que je ne connaissais pas en moi à ce moment-là»
Francis Sasseville au Lion d'Or (Rue Ontario) lors d'un spectacle de la LIM (Ligue d'Improvisation Montréalaise). Chaque dimanche, les improvisateurs proposent une thématique unique qui change de semaine en semaine. L'impro a été créé sous les fondements du hockey; la LIM en revanche oublie la compétition. Aucune défaite, aucune victoire : les artistes jouent pour le public Crédit photo : Jules Bédard

Toutefois, pour lui, le style dit plus «théâtral» vient prendre le dessus sur tous les autres types, car celui-ci permet au spectateur de rentrer dans l’atmosphère du spectacle plus facilement. De plus, du côté du comédien, la recherche du sentiment de satisfaction après un «punch» est beaucoup moins présente qu’avant. En effet, le fait de pouvoir submerger l’auditoire dans une atmosphère créée au fur et à mesure est une expérience scénique beaucoup plus gratifiante.

Jeane Landry-Proulx à la Tab, une ligue de bar au Saint-Houblon (Côte-des-Neiges) en pleine fusillade. Cette catégorie est souvent utilisée pour réchauffer les joueur(euses) au début du match. Il s'agit en fait de la forme d'improvisation la plus pure du jeu puisque l'interprète reçoit son thème dès qu'il arrive sur scène. Sinon, la fusillade fait office de prolongation. Crédit photo : la TAB

Beaucoup reprochent à l'improvisation qu'il s'agit d'un petit milieu qui pousse au culte de la personnalité. «Il y a un nivellement vers le bas dans beaucoup de petites ligues de bar», affirme Nahéma Ricci, comédienne et improvisatrice à temps partiel. En effet, le public est saoul et demande à rire instantanément si bien que les histoires et l'écriture dramatique sont laissées de côté au profit du punch et de la blague.

Beaucoup préfèreraient que le carcan de l'impro soit désacralisé et encouragent une pratique plus assidue d'une nouvelle forme d'impro plus pure, soit du théâtre spontané sans public. C'est en effet pour le public que certains joueurs deviennent cabotins. Comme Francis Sasseville l'a mentionné un peu plus haut, après plus de vingt ans à effleurer et à s'initier à toutes sortes de formes d'improvisation, pour lui, le style dit plus «théâtral» vient prendre le dessus sur tous les autres types.

Thomas Derasp-Verge a sa dernière année d'improvisation au Cégep Maisonneuve. Il jouait dans la ligue des Pamplemousses au sein des Vikings. Chaque Cégep a sa thématique d'impro en ce qui attrait aux noms. Pour Maisonneuve, il s'agit de vieux peuples moyenâgeux (Celtes, Gaulois, Bretons et Vikings) Crédit photo : - Improvisation Maisonneuve

L'HUMOUR

«L'impro c'est du théâtre cosom. Au hockey cosom, tu joues avec pas beaucoup d'équipement dans un petit gymnase, mais ça reste du hockey. C'est la même chose avec l'impro tu joues en jogging, mais ça demeure du théâtre», Frédéric Barbusci, improvisateur à la LNI.

«L'impro incarne tout ce que je recherche comme objectif de vie parce que mon but a toujours été de devenir un meilleur être humain. L'improvisation pourrait m'amener à ça car elle me force à toujours vivre le moment présent»

Entrevue ayant eu lieu avec Nahéma Ricci, la future Antigone dans le film éponyme de Sophie Deraspe, et Clara Vecchio, metteur en scène de la pièce Kids en Serbie traitant de la guerre civile qui y fait rage. Deux filles qui ont touché à l'improvisation au cégep sans en faire une vocation.
«Improve is the antithesis of anxiety» - Emma Stone, une citation reprise par Nahéma Ricci (représentée sur la photo) pour lui donner le souffle nécessaire pour se mettre en jogging sur un improvisoire. En impro, il est interdit de fumer sur une scène, il s'agirait d'un accessoire illégal - il faut créer à partir de son corps et de sa tête - or en impro «on ne veut pas le savoir, on veut le voir». Crédit photo : Théâtre du Cégep Saint-Laurent

LES PERCEPTIONS DU PUBLIC SUR LES VERTUS DE L'IMPROVISATION

Nous avons mis sur pied un sondage pour découvrir s'il y a beaucoup de gens qui font de l'improvisation. Tranquillement un constat clair s'est frayé un chemin plus nos entrevues et recherches ont avancé. L'improvisation demeure un outil pédagogique qui est utilisé par beaucoup de professeurs de théâtre et d'humour même si les élèves n'en ont jamais fait. C'est pourquoi tous les comédiens et humoristes ont déjà goûté à cette forme d'art éphémère.

Nombreux sont les étudiants de l’UQAM ou bien venants d’écoles concentrées sur le théâtre qui ont répondus. Le collège Lionel-Groulx situé à Sainte-Thérèse et le Cégep de St-Hyacinthe ont été les deux établissements avec les plus hauts taux de répondants que ce soit d'actuels élèves comme d'anciens.

Une seule personne de plus de 35 ans a répondu au sondage. Il faut aussi comprendre que cette étude faisant appel au public a été mise en ligne il y a près d'une semaine, alors peu de personnes ont pu y répondre. D'autant plus que ce questionnaire n'a pas eu autant de visibilité que souhaitée puisqu'il a seulement circulé sur Facebook. Il y a aussi beaucoup plus de formation offerte en art dramatique qu'en humour, c'est pourquoi le nombre de comédiens est trois fois plus grand que celui des humoristes.
Cette question a été posée pour ceux et celles qui ont déjà fait de l'improvisation. Elle ne s'adressait pas exclusivement aux comédien.nes et humoristes. La grande majorité est d'accord : L'impro est un bienfait pour avoir de nouvelles idées.
Neuf personnes pensent que l'improvisation n'est pas primordial pour un artiste qui performe. Il s'agit plutôt d'un atout qui peut considérablement aider. Certains affirment même que l'impro les aide beaucoup dans la vie tous les jours que ce soit pour les oraux et les entrevues de job. En théâtre, l'impro peut être utile lors des auditions lorsque le metteur en scène indique des nouvelles directions. En audition, il faut toujours avoir le réflexe de se revirer et de s'adapter.
Cette question a été posée pour ceux et celles qui ont déjà fait de l'improvisation. Elle ne s'adressait pas exclusivement aux comédien(nes) et humoristes. La grande majorité est d'accord : L'impro est un bienfait pour avoir de nouvelles idées.