23 avril, 2019

Été ou hiver, les automobilistes ne font pas la distinction

« Ce qui est dangereux ce n’est pas la neige, mais le verglas. Avec le changement climatique, il y a de plus en plus de journées où on se ramasse avec des chaussées glacées et il n’y a pas de cours que tu peux suivre pour ça. » - Éric Martin, porte-parole de l’école de conduite Tecnic.

Été ou hiver, les automobilistes ne font pas la distinction
Auteurs : Mathieu Aubry et Vincent Demuy
L’hiver de cette année 2019 n’a pas été de tout repos pour les automobilistes du Québec. Verglas, tempêtes de neige et même de la pluie à certains moments ont causé plusieurs sorties de routes tant en milieu urbain que rural.
Malgré ces changements climatiques qui compliquent les conditions des routes en période hivernale, les récents progrès des conducteurs sont notables, et ce, peu importe la saison. Tellement, que le nombre d’accidents sur les routes québécoises a baissé de plus de 30 % entre 2006 et 2014 selon des statistiques de la Société de l’Assurance automobile du Québec (SAAQ).
Cette statistique comprend tous les types de conséquences reliées à un accident automobile qu’il s’agisse d’un accident entraînant la mort, les blessures graves et légères ou bien seulement des dommages matériels.
Source : Sureté du Québec
La raison la plus évidente : l’instauration par le Ministère des Transports (MTQ) d’un programme pédagogique structuré s’échelonnant sur une période d’une année complète afin d’enseigner convenablement aux jeunes conducteurs tout ce qui englobe la conduite automobile.
« En 2010, le ministère des Transports a décidé de ramener les cours obligatoires pour réduire les effets du bilan routier qui étaient très élevés chez les jeunes conducteurs. Les résultats sont là. Il y a eu une baisse significative au niveau des accidents », a déclaré Éric Martin, porte-parole de la populaire école de conduite Tecnic.
Source : Groupement des Assureurs Automobiles du Québec
Là où les choses se compliquent, c’est surtout l’hiver. Selon des chiffres offerts par le Groupement des assureurs automobiles (GAA), la hausse des réclamations qui surviennent en période hivernale à la suite de collisions est considérable si on la compare avec les autres saisons.
T1= Janvier à Mars T2= Avril à Juin T3= Juillet à Septembre T4= Octobre à Décembre
Dans le cadre de cette enquête, divers intervenants du domaine automobile ont été sondés afin d’identifier les différentes causes possibles pouvant expliquer l’augmentation des incidents de la route ayant lieu l’hiver.
Des montages audios sont d'ailleurs à votre portée (ci-dessous) afin d'entendre leurs différents points de vue :
Même si plusieurs d’entre eux s’entendent pour dire que le principal obstacle demeure les distractions au volant, mais surtout l’usage prohibé du cellulaire lors de la conduite, d’autres facteurs peuvent expliquer ce phénomène.
L’entretien inadéquat de la chaussée, le vieillissement des conducteurs québécois et la prévention déficiente aux conditions hivernales de ces derniers sont des facteurs explicatifs selon nos intervenants, mais c’est davantage au niveau comportemental qu’il y aurait un manque à combler.

Les conducteurs québécois n’ont peur de rien

« Le sentiment d’invincibilité », « les gens n’adaptent pas leur conduite » et « ça arrive juste aux autres ».

Voilà des termes qui sont revenus à outrance de la part de nos différents intervenants lorsque questionnés au sujet des comportements des conducteurs québécois en situation hivernale.
Comme quoi ne pas avoir peur ne rime pas toujours positivement.
« Les jeunes, dès qu’ils ont leur permis de conduire, c’est terminé pour eux, a confié le porte-parole chez Tecnic. Ils peuvent se sentir à l’abri de tout. Ils se jugent prêts dès qu’ils ont passés leur examen. »
Éric Martin voit d’un bon œil l’arrivée des nouvelles technologies offertes à l’achat d’un des plus récents modèles de véhicules mentionnant au passage que cela contribue à « sauver beaucoup d’accidents ».
Toutefois, lorsque interrogé quant à savoir si les conducteurs québécois savent se servir intelligemment de ces luxueuses technologies, sa réponse a pris une tournure des plus inattendues.
« Probablement pas autant qu’ils le devraient, a-t-il martelé. Dans certains cas, ça leur donne même un sentiment de trop grande sécurité. »
Qui dit sécurité en hiver sur un véhicule, dit fort probablement 4 x 4. S’il est vrai que d’avoir un véhicule à quatre roues motrices peut vous éviter bien des ennuis lors des moments de fortes accumulations de neige, cela peut toutefois s’avérer être un couteau à double tranchant.
« Plusieurs VUS sont maintenant équipés d’une traction à quatre roues motrices, a affirmé Éric Martin. Ça donne un certain sentiment de sécurité aux gens qui est un peu surélevé et il n’y a rien de plus traître que de perdre le contrôle avec un 4 x 4, quand tu perds le contrôle, tu le perds pour de vrai. »


Comment alors réduire le nombre d’accidents en hiver?


La refonte des cours de conduite permet maintenant aux apprentis conducteurs d’avoir des cours échelonnés sur une période de douze mois. Aux yeux du porte-parole de l’école de conduite Tecnic Éric Martin, le changement législatif de 2010 évite maintenant aux néophytes de la conduite de condenser leur cours pendant une courte période.

«  En le faisant sur un an, une personne qui suit le programme normalement va conduire en période hivernale. Ce n’est pas comme avant où une personne pouvait compléter son cours en deux mois », assure-t-il.

Le cours de conduite dure maintenant un an et comprend quatre phases. Au travers de ses quatre phases, l’élève aura à effectuer quinze sorties sur route afin de se familiariser avec la conduite.

M. Martin rappelle que la SAAQ s’assure de l’application des cours de conduite et que c’est elle qui s’assure de la conformité de l’enseignement dispensé dans les écoles. L’objectif est donc de focaliser sur l’attitude et les comportements en route et par la suite sur la technique en tant que telle.

L’image suivante, fournie par l’école de conduite Tecnic, explique le cheminement auquel sera confronté un apprenti conducteur durant son parcours pédagogique.
La refonte des cours de conduite permet maintenant aux apprentis conducteur de pratiquer pendant un an.
Avoir des cours l’hiver ne rime pas nécessairement avec des cours dans des conditions hivernales. Une simple analyse des derniers hivers permet de constater qu’il n’y a pas de précipitations durant l’entièreté de la saison hivernale.
Un élève qui se rend à son cours de conduite lors d’une tempête aura une meilleure connaissance des dangers et des risques reliés aux tempêtes.
En entrevue, Éric Martin rappelle que les quinze cours sont répartis sur l’ensemble d’une année et que nécessairement, des sorties sur route auront lieu en hiver.

« Dans le processus d’apprentissage, au niveau des quinze sorties en auto, il y en a une ou deux minimum qui vont se faire en période hivernale avec un moniteur et là on va focaliser sur la conduite hivernale », rassure le porte-parole.

Sillonnant les routes de l’Amérique du Nord depuis une vingtaine d’années, le camionneur Stéphane Piché abonde dans le même sens.

« C’est sûr et certain, que ceux et celles qui ont suivi leurs cours de conduite au niveau pratique dans des situations hivernales difficiles sont de meilleurs conducteurs que ceux qui l’ont eu plus facile », remarque-t-il après avoir passé plusieurs années derrière un volant.

Cours de perfectionnement sans étudiants...


En naviguant sur le site de l’école de conduite Tecnic, on remarque que deux cours spécialisés sur la conduite hivernale sont offerts. Le cours de conduite préventive sur surface glissante ainsi que le cours de contrôle du dérapage se spécialise aux conditions hivernales. Ces cours seraient-ils la solution afin de diminuer les accidents?
Fort probablement, mais le porte-parole de Tecnic concède qu’il n’y a très peu de conducteurs qui se payent ces cours. Une question d’argent, une fois de plus, alors qu’ils coutent moins de 150 $ par personne.

Le cours de dérapage est offert aux écoles de Brossard et de Laval, mais la clientèle ne se presse pas aux portes. L’année dernière, à peine une dizaine de personnes se sont inscrites à ce cours. Le cours était pourtant bien garni. Entre deux et trois heures de théorie et une heure de dérapage avec un formateur spécialisé.

« C’est un cours de conduite préventif en surface glissante. On offre de la théorie pendant deux ou trois heures où on parle de l’environnement, l’anticipation et la conduite défensive. Après ça, on focus sur les conditions environnementales et sur l’hiver. On est les seuls au Canada à avoir un cours sur l’hiver », explique fièrement le porte-parole de l’école Éric Martin.

Les quelques clients qui restent sont des entreprises publiques qui veulent diminuer les dépenses relatives aux accidents et qui veulent réduire les coûts reliés à leur parc automobile. Cette fois-ci, c’est la réduction des coûts qui attirent le peu de clients. « Ce sont des entreprises qui veulent réduire l’absentéisme lié à des accidents. Hydro-Québec est un de nos gros clients », remarque M. Martin.

La solution, c’est la prévention


Autant la Société de l’assurance automobile du Québec que la Sureté du Québec en passant par le Groupement des assureurs du Québec, ils sont tous unanimes. La prévention et les bons comportements sur la route sont la clé de la diminution des collisions lors des conditions hivernales.

Il appartient aux automobilistes d’anticiper les dangers sur la route en se préparant adéquatement avant de sillonner les routes de la province.