Qu'est-ce que la monoparentalité?
Par Emma Jaquet et Roxane Trudel
La monoparentalité possède plus d'un visage: elle ne se limite ni à la nationalité, ni au statut social, ni au genre d'un individu. Elle résulte majoritairement de difficultés qui contraignent une mère ou un père à élever son enfant seul.
Elle touche différemment les hommes et les femmes, car souvent les hommes sont dans des milieux de travail leur permettant d’être plus à l’aise financièrement. Pour les femmes, le fait de porter et de mettre au monde un enfant peut avoir des impacts sur leur vie professionnelle, puisqu’elles restent éloignées plus longtemps du marché du travail.
Portrait d'un organisme
Escale Famille Le Triolet est un organisme qui accompagne les familles à faible revenu. Son plus récent projet visait plus particulièrement les femmes cheffes de familles monoparentales. Depuis près d’un an, 21 d’entre elles ont pu accéder à un logement communautaire à moindres coûts. Marie-Claire Palomino et Bianca Betty parlent de l’impact du projet sur leurs vies.
Mission d'un organisme
Les organismes communautaires Famille (OCF) viennent en aide aux familles à faible revenu. Ils les soutiennent dans leurs difficultés, de façon à permettre aux parents de retrouver une certaine sérénité.
Escale Famille Le Triolet
à Montréal accueille plus de 300 familles par année.
« Nous, on ne fait pas de discrimination. On accueille. Ça vient briser l’isolement, et du fait de briser l’isolement ça vient créer un réseau, et en fonction des besoins, il y a toujours une famille qui est prête à aider [...]», explique Carole Longpré, directrice générale de l’organisme.
Bon nombre des OCF n'offrent des services que pour les mères monoparentales. Michelle Pelletier, directrice générale de
la Petite Maison de la Miséricorde
, souligne que les femmes qui demandent de l’aide ont souvent perdu confiance en elles.
«Parce qu’elles vivent une situation difficile [...], elles ont moins d’estime, elles ont plus de difficulté à réaliser tout le potentiel qu’elles ont. Donc nous, notre mission, c’est de les aider à retrouver ce potentiel pour qu’elles se sentent plus en confiance».
Claudia Desjardins, intervenante pour le projet
Escale pour ToiT
, abonde dans le même sens : «On tente de les mettre le plus possible en lumière [...] c’est gratifiant aussi pour nous de voir une participante qui atteint les objectifs qu’elle s’était fixée, on fait
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et on est très heureux de ça.»
Toutefois, les OCF ont besoin de visibilité sur la scène politique. La Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ) a pour mission de «représenter politiquement [les] associations membres et [de] défendre aussi leurs droits auprès des pouvoirs publics [...]», affirme Lorraine Desjardins, agente de recherche et de communication de la FAFMRQ. La fédération regroupe une quarantaine d’organismes familles à travers le Québec, dont 12 sont situés à Montréal.
Si les organismes communautaires tentent de créer un bassin de ressources pour répondre aux différents besoins des parents monoparentaux, ils essaient aussi de briser les préjugés entourant les familles monoparentales.
« [Il faut] enlever tous les préjugés [qui disent qu’une] femme monoparentale a des problèmes à élever son enfant parce que le père n’est pas là, et que l’enfant naturellement va avoir des séquelles parce que le père n’est pas présent. Ce n'est pas vrai ça. On en voit des enfants de femmes monoparentales [...] qui sont super adaptées auprès de leurs enfants et qui sont aussi bonnes mamans que papas [...]», appuie Michelle Pelletier.
Monoparentalité et immigration
Originaire de la République Dominicaine, Yoidel Florian est mère monoparentale depuis près de cinq ans: son parcours de jeune mère immigrante n’a pas été sans difficultés.
«C’est pour une bonne qualité de vie que j’ai choisi de m’installer au Canada, explique-t-elle. J’ai lu l’histoire du Canada, et comment ça marche pour les femmes ici, les féministes... Je trouve que c’est un très beau pays pour moi et pour les enfants aussi.»
Yoidel Florian est arrivée au Canada en 2010. Habituée à des températures plus élevées, elle a trouvé l’adaptation au froid plutôt difficile. Au bout de 6 mois, elle est retournée dans son pays pour rejoindre sa mère, qui était seule depuis le décès de son père.
«C’était un peu difficile, parce que je n’ai pas de famille ici. Je suis seule et c’est la première fois que je sors de mon pays. Après 6 mois, je suis retournée dans mon pays. Et après presque un an, [ma mère] m’a dit “On y retourne. Il faut que tu penses à ton avenir”», a-t-elle résumé.
C’est ici qu’elle a rencontré son mari avec qui elle a eu deux enfants. Cependant, au bout de quelques années, il est expulsé du Canada.
«Quand mon mari est parti, j’ai dit “c’est correct, si le gouvernement a dit qu’il devait partir, on va respecter ça. Dans 8 mois, tu vas revenir”. Mais ça va bientôt faire 5 ans et ce n'est pas facile. [...] Ça n’a pas changé ma vision du Canada. Mais c’est quand même un peu frustrant [...], parce que si je me rappelle bien l’histoire du Canada dit [que l’une des valeurs principales], c’est l’unification des familles. Mais qu’est-ce qui se passe avec nous ? Nous sommes une vraie famille», déplore-t-elle.
Les organismes communautaires Famille
Yoidel Florian fréquente depuis près de 5 mois l’organisme famille
la Petite Maison de la Miséricorde
, situé à Montréal. Elle apprécie particulièrement les activités organisées par l’organisme dans le but de rassembler les mères monoparentales et leurs enfants. Les journées mères-enfants lui permettent de partager sa nourriture et sa culture.
«Venir ici, pour moi c’est vraiment un centre. C’est comme ma deuxième maison. [M]ême quand vous vous sentez seules, vous n’êtes pas seules. Vous pouvez venir ici tous les jours. C’est comme une famille ici.»
Plus de 50% des femmes fréquentant
la Petite Maison de la Miséricorde
sont issues de l’immigration, selon Michelle Pelletier, directrice de l’organisme.
«C’est un lieu d’appartenance pour elles, une famille, un lieu où vraiment elles se sentent en sécurité, accueillies sans être jugées, tout ça», explique-t-elle.
La Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ) croit d’ailleurs que la trouvaille d’emploi est un défi supplémentaire pour ces familles immigrantes qui ne parlent pas toujours français ou anglais. Ces difficultés peuvent gravement affecter les revenus des familles.
«C’est sûr qu’il y a plusieurs facteurs qui vont faire en sorte qu’une famille va être pauvre. La monoparentalité, définitivement, mais si en plus tu viens de l’immigration...Ce n'est pas facile. [Il y a] de nouveaux arrivants qui envoient leur C.V. partout et qui finalement ne sont jamais embauchés parce qu’ils ne s’appellent pas Tremblay», explique Lorraine Desjardins, agente de recherche et de communication de la FAFMRQ.
Courage
Malgré tout, Yoidel Florian ne regrette pas sa venue au Canada. Elle souhaite rappeler aux femmes dans sa situation que les problèmes ont toujours une solution et qu’avant tout: elles ne sont pas seules.
«Si tu veux que quelqu’un t’aide, c’est ta décision. Si tu as un problème et que tu te dis “Ok, je vais chercher une aide, chercher une personne qui a la capacité de m’aider…” Si tu te dis “non”, tu vas rester toujours comme ça. C’est ta décision de changer ta vie», croit-elle.
Un mot de la fin?
«Bon courage, surtout.»
Le taux de pauvreté infantile sur l'Île de Montréal
Le groupe Campagne 2000 a publié en 2018 un rapport sur le taux de pauvreté infantile au Québec. Les données sont tirées d’un recensement datant de 2015 produit par Statistique Canada. Sur les 15 circonscriptions fédérales où le pourcentage est le plus élevé au Québec, 13 d’entre elles sont situées directement sur l’île de Montréal. Dans la circonscription Ville-Marie–Le Sud-Ouest–Île-des-Soeurs, un tiers des enfants serait issu d’une famille à faible revenu.
Source:
Campagne 2000, Radio-Canada
La monoparentalité aujourd'hui: de nouveaux défis
Depuis quelques années, le désir des femmes monoparentales de retourner sur les bancs d'école ou au travail a complètement changé le visage de la monoparentalité. Les OCF n'ont eu d'autres choix que de s'adapter à cette nouvelle réalité. Michelle Pelletier, directrice de l'organisme la Petite Maison de la Miséricorde croit qu'il reste encore du travail à faire auprès de ces femmes pour favoriser la conciliation travail-famille.
Le projet Escale pour ToiT , mis sur pied par l’organisme Escale Famille le Triolet , vient de compléter sa première année. Carole Longpré, directrice générale de l’organisme, a pu constater les mêmes changements que sa collègue de la Petite Maison de la Miséricorde .
Pour la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ), la situation des familles monoparentales s’est améliorée au fil des ans.
Cette année, un budget de 10 millions de dollars supplémentaires a été mis en place pour bonifier l’exemption du montant des pensions alimentaires à l’aide sociale, aux prêts et bourses, à l’aide au logement et à l’aide juridique, de façon à améliorer les revenus des familles défavorisées. Selon Lorraine Desjardins, agente de recherche et de communication de la FAFMRQ, il s’agit d’un pas important.
Pointe-Saint-Charles en chiffres:
— FAFMRQ (@FAFMRQ) April 16, 2019
46, 2 % de familles monoparentales
140 $ Hausse du loyer de 23,5 % en 5 ans
6,8 % Diminution de la proportion de logements sociaux
Depuis 10 ans, les logements locatifs ont diminué de 9%. C'est une perte de 436 logements depuis les années 2000 https://t.co/3JYdiwHaVW
La situation des familles démunies a beaucoup évolué depuis les dernières années, notamment grâce au
Soutien aux enfants
, une allocation instaurée en 2005 dans le but d’aider la situation financière des familles. Cependant, Mme Desjardins soutient que les besoins fondamentaux restent plus ou moins les mêmes au fil du temps.
«À l'époque, on militait pour plus de services de garde, pour plus de congés parentaux. Ça demeure, ça aussi. [...] Les besoins sont toujours les mêmes: des revenus suffisants, l’accès aux études, l’accès à un emploi de qualité, explique-t-elle. [Il faut] les aider à s’aider en leur donnant, entre autres, des conditions de vie qui ont de l’allure.»