Poursuivre la mission de Raphaël, d'Oli et des autres
"J'espère que ma mort aura un impact sur la façon dont les gens perçoivent cette maladie trop souvent banalisée."
En partant de la gauche, deuxième photo de la deuxième colonne, Raphaël Tremblay-Joncas Crédit: Mouvement Zéro Suicide au Québec
Par Julie Côté et Stéphanie Prévost
« J'espère que ma mort aura un impact sur la façon dont les gens perçoivent cette maladie trop souvent banalisée. » Ce sont les derniers mots de la lettre que le jeune Raphaël Tremblay-Joncas, 20 ans, a écrite à sa famille avant de mourir du suicide, le 9 décembre 2018, après une longue lutte de plusieurs mois contre la dépression. Sa mère, Annie Joncas, comme plusieurs autres parents, a décidé de poursuivre cette lutte en racontant le calvaire qu’elle et son fils ont vécu dans l’espoir de pouvoir atteindre le chemin de la guérison qui n’est jamais venu.
La gorge serrée, elle ressasse tranquillement les événements qui ont mené à la tragédie. « Raphaël avait 20 ans lors de son décès, il y a quatre mois. »
Digne du labyrinthe pour le laissez-passer des 12 travaux d’Astérix.
En voulant poursuivre le vœu de Raphaël de démystifier cette maladie, Annie a décidé de rejoindre le groupe
Zéro suicide au Québec
, fondé par Marlène Gauthier. « J’ai vu la publication sur Facebook d’
Humain avant tout
mentionnant son histoire et celle de son fils Olivier. J’ai vu que son histoire ressemblait beaucoup à celle de Raph et comme l’avait-il mentionné dans sa lettre, il voulait que sa mort fasse une différence. J’ai donc contacté Marlène et c’est comme ça que mon implication a débuté ».
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BESOIN D'AIDE ?
Si vous avez besoin de soutien ou avez des idées suicidaires, vous pouvez appeler le numéro sans frais suivant pour parler à quelqu'un : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)
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Suivre un mouvement
Le 11 décembre 2012, le fils de Marlène Gauthier, Olivier Bergevin, est décédé du suicide, après un parcours de 22 mois à consulter plus de huit psychiatres différents, sans jamais arriver à se faire comprendre. Malgré ce parcours difficile, il voulait aider d’autres jeunes à s’en sortir lorsqu’il y serait arrivé. Il le disait :
« Quand je serai guéri maman, je voudrais aider d’autres jeunes ». Dans cette optique, elle a voulu changer les choses en espérant que d’autres enfants ne subissent pas le même sort.
Marlène Gauthier et Pascale Lortie. Crédit photo: Julie Côté
« Après le décès d’Olivier, j’ai d’abord contacté l’
Association Québécoise pour la Prévention du Suicide
pour savoir s’il était possible d’avoir un groupe de parents endeuillés, ils ont dit qu’ils allaient y penser. Les autres parents dans les groupes de soutien avaient de la misère à s’impliquer, de peur d’être étiquetés comme mauvais parents. Avec le rapport du Coroner sur la mort d’Olivier qui venait de paraître avec plus de questions que de réponses, je savais que j'avais quelque chose pour intéresser un journaliste. C’est à ce moment, avec la parution de l’article de Patrick Lagacé
Trois brochures et une pilule
, sur la mort de Jean-François Lussier, que je me suis dit que j’avais un filon qui pourrait intéresser un journaliste. J’ai donc demandé à Rima Elkouri si elle pouvait raconter
l’histoire d’Olivier
. D’autres articles ont suivi par la suite. Les gens m’ont contacté et petit à petit le groupe est né. Les politiciens ont accepté tout de suite les rencontres avec nous et c’est comme cela que le groupe est né », nous explique Marlène Gauthier, la fondatrice du groupe.
Merci aussi à vous d’avoir été persévérants et de nous sensibiliser à l’urgence d’agir!!! C’est pas un luxe c’est une urgence nationale! Bravo à tous ceux et celles qui portent le message malgré la douleur!🙏🌹
Danièle Henkel fait partie des personnalités publiques qui appuient le mouvement Zéro Suicide au Québec
Pascale Lortie, responsable des communications du mouvement, se met à nous parler des principales revendications de celui-ci. Son fils Alec s’est enlevé la vie après avoir laissé un manifeste d’une centaine de pages et une vidéo de 25 minutes, en mentionnant les raisons de son décès et en donnant à sa mère la mission de partager son message pour que sa mort ne soit pas vaine.
Le groupe fait trois recommandations majeures : une réhumanisation et une surveillance du milieu psychiatrique et psychologique, une meilleure évaluation du risque suicidaire et une meilleure éducation. « On parle de travail au cas par cas avec une équipe qui suit le jeune, qu’il reste en établissement si nécessaire, il ressortira seulement quand le traitement fait effet et SURTOUT qu’un suivi soit fait par le centre de crise régional du malade. On ne laissera plus personne avec trois brochures et une pilule », rajoute Marlène Gauthier.
De plus, elle rajoute sur la nécessité d'avoir une aile spécialisée en psychiatrie pour le 12-26 ans. « Ce n'est pas normal que dès ton entrée à l'urgence, alors que tu sors à peine de l'adolescence, qu'on te mette une jaquette et que tu sois dans le même établissement que des gens qui crient et qui donnent des coups. C'est le pire scénario ! »
Pour ce qui est de la surveillance en milieu psychiatrique, même le docteur Alain Lesage, psychiatre à l'
Institut Universitaire en Santé Mentale de Montréal
, partage son avis. Dans une étude publiée dans la
Revue Canadienne de Santé Mentale
, il mentionne la pertinence d'un potentiel audit pour les psychiatres dont les patients décèdent du suicide. « Cette approche est particulièrement intéressante pour évaluer les forces et lacunes des services. L’audit peut reposer sur un questionnaire envoyé́ au dernier médecin traitant, jusqu’à des entrevues en profondeur connues sous le nom parfois rébarbatif d’autopsies psychologiques », mentionne-t-il. « C'est d'ailleurs l'approche qu'ont les forces armées canadiennes actuellement. À chaque fois qu'un cas de suicide est reporté, un audit doit être réalisé par le psychiatre qui l'a pris en charge », ajoute-t-il.
« Ensuite, parlons de la réévaluation du risque suicidaire, et NOUS TENONS à faire partie du comité. On veut que les gens qui ont vécu des tragédies face à une mauvaise évaluation du risque suicidaire soient absolument impliqués dans ce comité », poursuit Marlène. « Ce qui est important également, c'est de pouvoir parler d'éducation, de savoir premièrement ce qu'est le secret professionnel, autant par le grand public que les intervenants. En ce moment, le secret professionnel protège plus les médecins que les patients en soit, alors que ça devrait être l'inverse », mentionne Pascale Lortie. Donc, techniquement et légalement, un intervenant ne devrait pas restreindre le droit d’un patient de vouloir avoir un proche dans la salle de consultation, ce que nous a confirmé une avocate en droit de la santé, qui travaille majoritairement avec les patients victimes d'injustice.
Une volonté politique à tout casser
Chez nos politiciens, ils sont tous motivés à en faire plus et à changer les choses pour pouvoir atteindre le taux de suicide zéro. Or, leur manière de vouloir le faire est très différente. D'abord, ils s'entendent tous à l'idée qu'il faut absolument ravoir une stratégie nationale de prévention du suicide, qui a d'ailleurs déjà existé auparavant. Le président de l'AQPS, Jérôme Gaudreault, nous en parle plus en détail.
Pour la CAQ et le ministre de la Santé, Danielle McCann, il y a définitivement des changements à faire et rapidement. Elle a un plan précis et des projets, mais veut s’assurer de consulter les bonnes personnes, notamment lors du forum de consultations en santé mentale chez les jeunes, le mois prochain. Il y aura d’ailleurs une autre consultation sur le même sujet, prévue à l’automne.
Pour l’opposition, il y a une crainte immense qu’en deux jours, tous les partis se soient entendus. La principale suggestion de l’opposition en tant que groupe, c’est une commission parlementaire qui se promènerait à travers le Québec pour comprendre ces enjeux. Pour Sylvain Gaudreault, porte-parole du Parti Québécois en matière de santé et de services sociaux, on espère que ces différentes réalités soient prises en compte.
Que jugent-ils des principales lacunes du système actuel? Sol Zanetti, porte-parole de Québec Solidaire en matière de santé et de services sociaux, nous parle de l'un des enjeux: le sous-financement des centres communautaires de prévention du suicide.
Nous avons contacté Hélène David pour avoir le point de vue du Parti Libéral du Québec, étant donné que le plan actuel en Santé Mentale a été créé alors que le parti était au gouvernement, mais elle n'était malheureusement pas disponible pour une entrevue.
La volonté de tout le monde est là,la prochaine étape serait donc que chacun des acteurs puisse agir dans le même sens."Nous, notre but, au final, c'est de ne plus exister, parce que des familles endeuillées, on n'en veut plus du tout" conclue Marlène Gauthier.
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BESOIN D'AIDE, DE SOUTIEN ?
Si vous avez besoin de soutien ou avez des idées suicidaires, vous pouvez appeler le numéro sans frais suivant pour parler à quelqu'un : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)
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