24 avril, 2019

La reconnaissance de l'architecture, c’est culturel !

La reconnaissance de l'architecture, c’est culturel !

Au Québec, l’architecture fait face à un manque de reconnaissance de la part des citoyens qui sont parfois désintéressés à la discipline, mais des initiatives voient le jour afin de la démocratiser.

Selon la directrice du Centre de Design de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) Louise Pelletier, l’architecture est, d’un point de vue général, quelque chose qui est pris pour acquis. « On travaille toujours dans des environnements construits lorsqu'on va à l’école ou au travail et on oublie que ces espaces ont été construits et conçus », explique-t-elle.

À son avis, si la population ne s'intéresse pas à l’architecture autant qu’elle le devrait, c’est avant tout pour une raison culturelle. « Il y a des milieux et certaines cultures où l'architecture est très présente , exprime Mme Pelletier. En Italie, par exemple, l'architecture c’est une formation de base. Ils ont des salles de cours avec des milliers d’étudiants et tout le monde va étudier l’architecture un moment donné dans leur vie et même au secondaire ils ont des cours sur l’architecture ».

Selon le professeur à l’École de design de l’UQAM, Carlo Carbone, l’architecture est vue comme une discipline trop spécialisée au Québec. « On dit souvent que les architectes sont des incompris, mais peut-être nous sommes des incompris parce qu'on n'a pas réussi à partager et à démocratiser les valeurs qu’on essaie de communiquer, pense-t-il. L’idée d’être architecte, c’est aussi l’idée d’être missionnaire et d’éduquer la population. »

C’est ce rôle qu’à décider d’endosser le chroniqueur en développement urbain Marc-André Carignan. « Le rôle de l’architecte est très mal compri s, affirme-t-il. C’est mon objectif de mettre des architectes sur la map et d’en parler, car plus on va en parler, plus les architectes vont se prononcer sur la place publique. » Selon M. Carignan, il est fréquent de voir en Europe des architectes avec une tribune, ce qu’on ne voit presque pas ici.

Sensibiliser les plus jeunes

La directrice générale et cofondatrice de Kumulus, Anne-Claire Richard, est originaire de France et constate une différence culturelle dans la valorisation de l’architecture. « Cela est dû au fait que l’histoire du Québec est complètement différente et plus récente », pense-t-elle.

Kumulus est une organisation qui a pour mission de sensibiliser les enfants de 3 à 12 ans à des notions d’architectures et de design à Montréal et ailleurs en organisant des ateliers. « On a décidé de lancer Kumulus à Montréal qui est une ville UNESCO de Design depuis 2006, dit-elle. Donc il y a un bureau du Design qui est implanté à l'hôtel de ville et qui travaille à la sensibilisation au design. »

Kumulus offre des formations conçues en fonction de l’âge des enfants dans les garderies, dans les bibliothèques et les écoles primaires. « Quand on est petit, on est plus proche de soi et lorsqu’on grandit on développe une conscience d’une maison, du quartier, du monde. C’est un peu le concept des poupées russes , explique Anne-Claire Richard. On a donc basé nos ateliers sur cela. »

Un des ateliers pour les 5 à 8 ans s'appelle « maison en sucre » et sert à sensibiliser les enfants aux cubes de toutes formes comme sont enseignés à l’école au Québec l’apprentissage du volume et la géométrie. « On leur montre une série de photos prises à Montréal comme Habitat 67, mais aussi d’autres projets comme la maison Coloniale qui est sur la rue Marie-Anne, qui est faite de cubes superposés », illustre-t-elle.

Une amélioration notable

À l’aide d'initiatives comme Kumulus, mais aussi un effort de la part de la presse quotidienne et l’ordre des architectes, l’architecture et le design se démocratisent de plus en plus et la population s’y intéresse davantage. « On en parle plus qu’on en parlait , pense le chroniqueur urbain Marc-André Carignan. Ça fait jaser, car quand j’écrivais des articles dans le journal, c’était toujours des articles les plus lus de la journée ou de la semaine . »

Le professeur Carlo Carbone remarque aussi une évolution positive dans ce sens.    « Quand on regarde les 15 dernières années et qu’on les compare à aujourd’hui, il y a beaucoup plus de gens qui peuvent nommer un architecte québécois parce que c’est beaucoup plus médiatisé qu’avant », exprime-t-il.

La directrice du Centre de design Louise Pelletier estime de son côté qu’il devrait y avoir des cours d’introduction à l’architecture et au design au niveau secondaire. « De la même façon qu’il y a des cours de musique, des cours d’arts plastiques ou des cours d’introduction au design, on pourrait en intégrer dans les cours d’univers social », suggère-t-elle.


L’architecture intéresse de plus en plus le grand public. Cela dit, il est possible que vous vous retrouviez au beau milieu d’une conversation sur le sujet à votre prochain party . Pour éviter l’humiliation, testez vos connaissances aujourd’hui sur l’architecture montréalaise avec notre quizz ludique.

Photos: Ludovic Théberge // Archives de la Ville de Montréal

Vous avez enregistré un résultat inférieur à 6/10? Votre excuse: «ça ne m'intéresse pas l'architecture». Voici, selon le chroniqueur urbain Marc-André Carignan, pourquoi tout citoyen devrait s'intéresser à l'architecture.


Trois innovations qui influenceront le travail des architectes de demain

  • « Le big data dans le domaine du bâtiment, ça amène une véritable révolution. » Pour le professeur Carlo Carbone, l'accumulation massive de donnée lié à des composantes d'un bâtiment permet aux architectes d'optimiser leurs planifications. Dans ce cours vidéo, le professeur vulgarise comment des données peuvent influencer positivement le travail des architectes.
  • Autre innovation dans le monde de la technologie: la modélisation 3D. « Le fameux plan en 2D qu’on voit du dessus, maintenant on peut en faire en 3D », résume le Marc-André Carignan. Au Québec, cette technologie a notamment été utilisée dans la construction du Centre Vidéotron de Québec. Si elle était plus marginale qu'ailleurs il y a quelques années, le chroniqueur urbain estime que le Québec commence à se rattraper.

  • Toujours dans le 3D, cette fois c'est l'imprimante 3D qui pourrait venir transformer l'industrie. De plus en plus populaires, ces imprimantes ont la capacité de matérialiser une création numérique. Toutefois, le milieu de l'architecture reste timide face à cette technologie selon Marc-André Carignan. « Mais ça s’en vient chez nous et dans notre quotidien , ajoute-t-il, j’ai l’impression que c’est la prochaine révolution technologique ». Il note par exemple qu'en Chine, des ponts et des maisons ont déjà été fabriqués grâce à l'imprimante 3D. « Ça risque de changer la façon de faire les choses ici », prévoit-il.